Stratégie de prix — TPE et indépendants
Fixer ses prix : plancher, plafond, valeur et hausse de tarifs
Votre prix se situe quelque part entre ce qu'il vous coûte et ce qu'il vaut pour le client ; la plupart des créateurs se placent trop près du premier chiffre.
Fixer ses prix est l'une des décisions les plus rentables d'un dirigeant, et l'une des plus mal préparées. On copie le tarif d'un concurrent, on retire dix pour cent pour être sûr de signer, et l'on découvre au bout d'un an que l'on travaille beaucoup pour un revenu décevant.
Une méthode solide procède en trois temps : calculer un prix plancher sous lequel vous perdez de l'argent, estimer un prix plafond au-delà duquel le marché ne suit plus, puis se positionner entre les deux en fonction de la valeur que vous apportez. Ce guide y ajoute le calcul du taux journalier pour les freelances et une manière propre d'augmenter ses tarifs.
Calculer son prix de vente plancher
Le prix plancher couvre tous vos coûts, pas seulement les coûts visibles. Pour un produit : matières, emballage, frais de paiement et de livraison, plus une part de vos charges fixes (loyer, assurances, logiciels, comptable) et de votre propre temps. Pour un service : votre temps, les frais engagés et, là encore, une quote-part des charges fixes.
L'erreur classique est d'oublier sa rémunération, ou de l'imaginer comme ce qui reste à la fin. Intégrez-la comme une charge. Un prix qui ne vous paie pas n'est pas un prix de lancement, c'est une subvention que vous accordez à vos clients.
N'oubliez pas les cotisations sociales, calculées dans une micro-entreprise sur le chiffre d'affaires et non sur la marge. Sur une vente à faible marge, elles peuvent absorber une grande partie de ce que vous pensiez gagner.
Le taux journalier d'un freelance, étape par étape
Partez du revenu que vous voulez réellement dégager, ajoutez vos charges professionnelles, puis remontez au chiffre d'affaires nécessaire en tenant compte de vos cotisations. Exemple illustratif : un consultant en micro-entreprise libérale vise 36 000 € par an avant impôt et prévoit 6 000 € de charges. Avec un taux de cotisations de 25,6 % (taux 2026 des professions libérales non réglementées), il lui faut environ 56 500 € de chiffre d'affaires.
Divisez ensuite par les jours réellement facturables, pas par les jours ouvrés. Entre congés, jours fériés, formation, prospection, administratif et périodes creuses, beaucoup de freelances ne facturent qu'une partie de l'année. Avec 150 jours facturés, notre consultant doit viser environ 375 € par jour. Refaites ce calcul avec vos propres hypothèses : c'est un plancher, pas un objectif.
À ce niveau de chiffre d'affaires, il dépasserait aussi le seuil de franchise de TVA des prestations de services (37 500 € en 2026) : il devrait alors facturer la TVA en plus de son tarif hors taxe. Anticipez ce passage dans vos devis.
Le plafond : ce que le marché accepte déjà de payer
Relevez les prix d'une dizaine d'offres comparables, y compris la solution par défaut de votre client (faire lui-même, embaucher, ne rien faire). Ce relevé ne sert pas à vous aligner, mais à comprendre la fourchette dans laquelle le client raisonne et ce qui justifie les écarts : délai, garantie, spécialisation, notoriété.
Si votre plancher est au-dessus du plafond du marché, le problème n'est pas le prix : c'est le modèle. Il faut alors réduire les coûts, changer de cible ou modifier l'offre.
Demandez aussi directement à vos clients actuels ce qu'ils auraient payé ailleurs et pourquoi ils vous ont choisi. Leurs réponses révèlent souvent que le prix n'était pas le critère principal, mais la réactivité, la confiance ou la spécialisation : autant d'arguments qui justifient de ne pas être le moins cher.
Se positionner sur la valeur plutôt que sur le temps
Le client n'achète pas vos heures, il achète un résultat : un site qui génère des demandes, une comptabilité à jour, une cuisine refaite sans surprise. Plus vous êtes capable d'exprimer ce résultat, plus vous pouvez vous éloigner de la facturation au temps passé. Un forfait bien défini protège aussi le client contre les dépassements, ce qui le rassure.
Proposez trois options plutôt qu'une : une version essentielle, une version recommandée, une version complète. La plupart des clients choisissent l'option du milieu, et l'option haute installe une référence qui rend la recommandée raisonnable. Surtout, n'accordez jamais une remise sans contrepartie : réduire le périmètre, allonger le délai ou obtenir un engagement plus long.
Pour une TPE qui vend des produits, la logique est la même : un coffret, un abonnement ou un service associé (installation, entretien, personnalisation) permettent de vendre un ensemble dont la valeur perçue dépasse la somme des éléments, et de sortir de la comparaison ligne à ligne avec les grandes enseignes.
Augmenter ses prix sans perdre ses clients
Commencez par les nouveaux clients : appliquez le nouveau tarif à tous les devis émis à partir d'une date donnée. Pour les clients existants, prévenez par écrit, avec un préavis raisonnable et en respectant ce que prévoient vos contrats ou conditions générales de vente. Expliquez ce qui a changé : vos coûts, votre expertise, les résultats obtenus.
Acceptez qu'une petite partie des clients parte, en général les moins rentables. Une révision annuelle, annoncée à la même période chaque année, est beaucoup mieux acceptée qu'une forte hausse après trois ans de silence. Dans vos nouveaux contrats B2B, une clause de révision annuelle évite d'avoir à renégocier à chaque fois.
Sortir du piège du prix horaire
Le signe le plus fiable d'un prix trop bas est un agenda plein et une trésorerie tendue. Le signe d'un prix bien placé est que certains prospects trouvent votre offre chère tout en signant quand même, parce que la valeur est claire pour eux.
Les briefings WOW Mentor associés à ce guide analysent comment une entreprise enfermée dans une guerre des prix à l'heure a changé ce qu'elle vendait, comment créer une demande supérieure à l'offre, et comment vendre à une clientèle haut de gamme ; ils sont en anglais, en audio avec transcription complète.
Checklist du jour
- 1.Calculer votre prix plancher en intégrant charges fixes, cotisations et votre propre rémunération.
- 2.Estimer votre taux journalier à partir de vos jours réellement facturables.
- 3.Relever les prix d'une dizaine d'offres comparables pour situer le plafond du marché.
- 4.Construire une offre en trois options avec un périmètre clairement défini pour chacune.
- 5.Fixer une date annuelle de révision des tarifs et prévenir vos clients par écrit.
Briefings associés
Audio en anglais avec transcription complète.
Questions fréquentes
Comment fixer ses prix quand on est auto-entrepreneur ?
Calculez d'abord votre plancher en tenant compte des cotisations sur le chiffre d'affaires, de vos charges et de votre rémunération, puis comparez aux prix du marché. Tant que vous êtes en franchise de TVA, votre prix est net de TVA, ce qui peut être un avantage face à des particuliers ; il disparaît si vous dépassez le seuil.
Faut-il afficher ses prix sur son site ?
Pour la vente aux consommateurs, l'information sur les prix est une obligation dans de nombreux cas. En B2B, afficher un prix de départ filtre les prospects qui n'ont pas le budget et vous fait gagner du temps. Afficher une fourchette est un bon compromis pour les prestations sur mesure.
Quel TJM pour un freelance débutant ?
Il n'existe pas de bon chiffre universel : il dépend du métier, de la ville, de l'expérience et du type de client. Calculez votre plancher avec vos jours facturables réels, puis comparez aux tarifs observés sur les plateformes et auprès de freelances de votre spécialité.
Les briefings WOW Mentor sont-ils en français ?
Non, ils sont en anglais (et en coréen), en audio avec transcription complète. Les guides écrits comme celui-ci sont en français et gratuits.